Réglementation

ICPE 2910 : Arrêtés du 3 août 2018

Mis à jour le

La directive 2015/2193 (dite Directive MCP pour Medium Combustion Plant) publiée en novembre 2015 fixe les émissions de certains polluants dans l’atmosphère provenant des installations de combustion moyennes (de 1 à 50 MW). Depuis le 3 août 2018, un décret et ses 5 arrêtés transposent cette directive en droit français. L’une des principales modifications concerne l’abaissement du seuil de classement (rubrique ICPE 2910) des installations de combustion à 1 MW. Bien que le gaz naturel soit l’énergie fossile la moins émettrice d’oxydes d’azote (NOx), son utilisation est impactée par ces nouveaux textes réglementaires.

Chaudière vapeur industrie
Exemple d'installation de combustion

Le décret et ses 5 arrêtés fixent de nouvelles prescriptions générales applicables aux installations de combustion soumises à déclaration, enregistrement ou autorisation pour les rubriques de la nomenclature des installations classées pour la Protection de l’Environnement suivantes :

  • Rubrique 2781-1 : 2781 – Méthanisation de déchets non dangereux ou matière végétale
  • Rubrique 2910 : Installations de combustion
  • Rubrique 2931 : Ateliers d’essais sur banc de moteurs à combustion interne ou à réaction, turbines
  • Rubrique 3110 : Combustion (installations soumises à la directive IED – Puissance supérieure à 50 MW)

Ces textes entrent en vigueur le 20/12/2018, mais certaines dispositions ont une application différée dans le temps.

Les nouvelles prescriptions applicables aux installations classées au titre des rubriques ci-dessus portent principalement sur :

  • la conformité de l’installation
  • les règles de prévention de la pollution atmosphérique
  • les valeurs limites de rejets dans l’air et dans l’eau
  • la gestion des déchets
  • les nuisances sonores
  • ainsi que sur l’efficacité énergétique

Rappel sur la nomenclature des installations classées

Toute exploitation industrielle ou agricole susceptible de créer des risques ou de provoquer des pollutions ou nuisances, notamment pour la sécurité et la santé des riverains est une installation classée. Les activités relevant de la législation des installations classées sont énumérées dans une nomenclature qui les soumet à un régime d’autorisation, d’enregistrement ou de déclaration en fonction de l’importance des risques ou des inconvénients qui peuvent être engendrés.

  • Déclaration : pour les activités les moins polluantes et les moins dangereuses. Une simple déclaration en préfecture est nécessaire.
  • Enregistrement : conçu comme une autorisation simplifiée visant des secteurs pour lesquels les mesures techniques pour prévenir les inconvénients sont bien connues et standardisées.
  • Autorisation : pour les installations présentant les risques ou pollutions les plus importants. L’exploitant doit faire une demande d’autorisation avant toute mise en service, démontrant l’acceptabilité du risque. Le préfet peut autoriser ou refuser le fonctionnement.

Contexte réglementaire

Le décret modifie la rubrique 2910 (combustion) et définit le régime (déclaration, enregistrement et autorisation) auquel les installations sont soumises en fonction de leur puissance et du combustible utilisé.

Les arrêtés précisent les prescriptions pour les différents régimes. Ils concernent les installations de combustion, principalement les chaudières, les turbines et moteurs et les fours et autres équipements thermiques, … non concernés par des rubriques spécifiques (cimentiers, verriers, …).

Installations soumises à déclaration

  • Arrêté relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l’environnement soumises à déclaration au titre de la rubrique 2910, hors biogaz.
  • Arrêté relatif aux prescriptions générales applicables aux appareils de combustion, consommant du biogaz produit par des installations de méthanisation classées sous la rubrique n° 2781-1, inclus dans une installation de combustion classée pour la protection de l’environnement soumise à déclaration sous la rubrique n° 2910.

Installations soumises à enregistrement

  • Arrêté relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l’enregistrement au titre de rubrique 2910 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement.

Installations soumises à autorisation

  • Arrêté relatif aux installations de combustion d’une puissance thermique nominale totale inférieure à 50 MW soumises à autorisation au titre des rubriques 2910, 2931 ou 3110 ;
  • Arrêté relatif aux installations de combustion d’une puissance thermique nominale totale supérieure ou égale à 50 MW soumises à autorisation au titre de la rubrique 3110.

Viennent compléter ces textes, les deux arrêtés suivants publiés en août 2018

  • arrêté du 3 août 2018 modifiant l’arrêté du 3 mars 2017 fixant le modèle national de demande d’enregistrement d’une installation classée pour la protection de l’environnement ;
  • arrêté du 3 août 2018 modifiant l’arrêté du 9 décembre 2014 précisant le contenu de l’analyse coûts-avantages pour évaluer l’opportunité de valoriser de la chaleur fatale à travers un réseau de chaleur ou de froid ainsi que les catégories d’installations visées.
Réglementation ICPE 2910 avant le 20-12-2018
Réglementation ICPE 2910 avant le 20-12-2018
Réglementation ICPE 2910 après le 20-12-2018
Réglementation ICPE 2910 après le 20-12-2018

Principales évolutions sur la rubrique 2910

  • Abaissement du seuil de puissance de 2 à 1 MW pour les installations de combustion, qui seront soumises à déclaration au titre de la rubrique 2910-A.
  • Passage du régime de l'autorisation à celui de l'enregistrement pour les installations de combustion de puissances comprises entre 20 et 50 MW classées au titre de la rubrique 2910-A.
  • Pour les installations classées soumises à autorisation et enregistrement en 2910-B, passage à une puissance thermique nominale inférieure à 50 MW au lieu de 20 MW.
  • Suppression du double classement 2910/3110, le classement en 3110 excluant de fait celui en 2910. Cette modification permet de mieux distinguer les installations relevant de la Directive MCP (puissance de 1 à 50 MW) de celles relevant de la Directive IED (puissance > 50 MW).
  • Suppression de la rubrique 2910-C pour les installations de combustion consommant exclusivement du biogaz pour la fusionner avec la rubrique 2910-A.
  • Exclusion des activités visées par la rubrique 2931 (moteurs à explosion, à combustion interne ou à réaction, turbines à combustion).
  • Exclusion des installations de combustion classées au titre d'autres rubriques de la nomenclature ICPE, pour lesquelles les gaz de combustion sont en mélange avec des matières entrantes (par exemple fours verriers, séchoirs classés, cimentiers, etc.).

Conséquences sur les installations de combustion soumises à déclaration (hors biogaz) d’une puissance inférieure ou égale à 2 MW

A partir du 20 décembre 2018, les installations de combustion, d'une puissance comprise entre 1 et 2 MW, rentrent dans le champ des installations ICPE. De ce fait, elles se doivent de respecter les prescriptions définies par l’arrêté. Les installations existantes auront un délai pour leur mise en conformité.

Selon l’article L 513-1 du Code de l’environnement, les installations qui deviennent soumises à autorisation, à enregistrement ou à déclaration peuvent continuer à fonctionner sans cette autorisation, cet enregistrement ou cette déclaration, à la seule condition que l'exploitant se soit déjà fait connaître du préfet ou se fasse connaître de celui-ci dans l'année suivant l'entrée en vigueur du décret, soit au plus tard le 19/12/2019.
  • Contrôles Périodiques : les installations d’une puissance comprise entre 1 et 2 MW devront faire procéder à des contrôles périodiques. Chaque arrêté précise les points de contrôle susceptibles de relever d’une non-conformité majeure. Le 1er contrôle doit être effectué dans les 6 mois après la mise en service, puis, a minima, tous les 5 ans (voir Art. R 512-55 et suivants du Code Environnement)
  • Valeurs limites d'émissions : pour les installations existantes, les valeurs limites d’émissions seront à respecter à partir du 1er janvier 2030. Toutefois, à partir du 20/12/2020, l’exploitant devra faire effectuer une mesure du débit rejeté et des teneurs en CO, O2, NOx, poussières et SO2 tous les 3 ans, par un organisme agréé.
  • Efficacité énergétique : l’exploitant d’une chaudière d’une puissance supérieure à 400 kW et inférieure à 20 MW, fait réaliser périodiquement un contrôle de l’efficacité énergétique de son équipement (voir article R 224-20 et suivants du Code de l’Environnement et arrêté du 2 octobre 2019).

Selon le ministère de la Transition écologique à mi-2018, les modifications de la nomenclature des installations classées seraient les suivantes :

  • 700 établissements vont passer du régime de l'autorisation à celui de l'enregistrement au titre de la rubrique 2910-A
  • 160 établissements classés au titre de la rubrique 2910-C passent à un statut de non classé au titre de la rubrique 2910-A
  • Environ 30 établissements soumis à enregistrement au titre de la rubrique 2910-B deviennent non classé au titre de la rubrique 2910-A
Votre avis sur cet article
Notez cet article :
Note moyenne :19 notes
4/5
Déposez un commentaire
Votre adresse email ne sera pas rendue publique, mais elle permettra à Cegibat de vous recontacter en cas de besoin.
* Champs obligatoires
** Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
20 commentaires sur cet article
Par Vincent, le 31/07/2019 à 14:03
Question sur la puissance à prendre en compte

Bonjour,


J'aurais une question sur la puissance de l’installation à prendre en compte : de quelle puissance parle-t-on et laquelle doit-on prendre en compte ?

Je m'explique si par exemple j'ai un bâtiment avec des besoins calculés de 950 [kW], la puissance nominale de mon installation sera de 950 [kW] (la puissance du brûleur sera de 990 [kW]).

Néanmoins, la chaudière qui sera installée est annoncée par le fournisseur avec une puissance nominale (générateur) de 1000 [kW].

Suivant ces informations, la chaudière installée devra t'elle respecter la réglementation ICPE pour les chaudières de 1 [MW] < P < 2 [MW] ?

Ou bien faut-il prendre en compte la puissance de la flamme du brûleur ?


Cordialement,


Par Cegibat, le 01/08/2019 à 16:51
ICPE 2910 : Arrêtés du 3 août 2018

Bonjour,



Sauf erreur, voici les données relatives à votre installation :




  • Besoins bâtiment : 950 kW (puissance utile)

  • Puissance nominale installation : 950 kW. Puisqu‘elle est égale aux besoins, il s’agit donc d’une puissance utile.

  • Puissance brûleur : 990 kW (Puissance calorifique)

  • Puissance nominale chaudière : 1000 kW - Sauf erreur, il s’agit de la puissance maximale « constructeur » de cette gamme de chaudière, mais, compte tenu de la puissance du brûleur, il me semble difficile que la chaudière puisse fournir plus que 990 kW.



La puissance à prendre en compte vis-à-vis de la réglementation est la « puissance thermique nominale de votre installation ». Comme vous n’avez qu’une chaudière, donc la puissance de l’installation sera celle de la chaudière.



Dans l’arrêté, elle est définie comme la « Puissance thermique fixée et garantie par le constructeur, exprimée en pouvoir calorifique inférieur susceptible d’être consommée en marche continue, exprimée en mégawatts thermiques (MW) ».



Il s’agit de la puissance calorifique (à différencier de la puissance utile). A défaut d’être fournie par votre fournisseur, elle s’obtient de deux façons :




  • Puissance calorifique (kW) = Débit de combustible entrant (m3/h ou tonnes/h) × PCI (kWh/m3) ou

  • Puissance calorifique (kW) = Puissance utile (kW) / Rendement



Du fait que la puissance maximale de votre brûleur est de 990 kW (ou 0,99 MW), on peut donc considérer que la puissance à prendre en compte sera celle-ci.



Cette puissance est inférieure à 1 MW. Donc, au regard de vos données, votre installation n’est donc pas soumise à la réglementation ICPE. 



Cordialement,



L'équipe Cegibat