Transformer nos déchets en gaz renouvelable pour renforcer notre souveraineté énergétique

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Raphael Lecomte

Raphael Lecomte

Responsable efficacité énergétique

Dans un contexte d’accélération de la transition énergétique, les gaz renouvelables s’imposent comme une solution concrète pour décarboner nos usages. Le biométhane, en particulier, connaît une dynamique de croissance rapide portée à la fois par les politiques publiques et l’adhésion des consommateurs. Décryptage de cet essor et focus sur un projet de méthanisation en cours de construction.

Les gaz renouvelables : un levier de décarbonation important du système énergétique français

Grâce à son fort pouvoir de décarbonation (41,7 gCO2/kWh, base Empreinte), le biométhane s’est rapidement développé ces dernières années. Depuis le 1er site d’injection de biométhane en 2011 :

  • Le nombre de sites raccordés a été multiplié par 10 en 7 ans, soit 826 sites en avril 2026
  • La production de biométhane est en croissance de 30% / an
  • La France est le leader européen sur le biométhane avec 16 TWh de capacité, soit l’équivalent de 2,5 réacteurs nucléaires.

Les objectifs de croissance sont confirmés par les pouvoirs publics qui ont prévu : 

  • dans la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie) une production de 44 TWh en 2030
  • une visibilité sur les CPB (Certificats de Production de Biométhane), dispositif qui impose aux fournisseurs de gaz d’intégrer un quota de biométhane dans les volumes des clients résidentiels et tertiaires : de 6,5 TWh en 2028 à 28,2 TWh en 2035.

Il y a un fort engouement du côté des consommateurs avec 1 million de foyers qui ont souscrit un contrat de gaz verts auprès d’une vingtaine de fournisseurs qui proposent ce type d’offre. Tous les bâtiments raccordés au gaz peuvent consommer du gaz vert sans changer d’équipement.

Cas concret avec la construction d’une unité de méthanisation

Ce projet implanté à Château-Arnoux-Saint-Auban (04), visant à valoriser des déchets organiques en énergie renouvelable, est porté par la société Eve Casa. Il s’agit d’un projet structurant combinant production d’énergie renouvelable, valorisation de déchets locaux et intégration territoriale, avec des enjeux forts sur la gestion des intrants et des digestats.

Le site a été choisi de manière stratégique : éloigné des habitations, peu visible, situé sur une friche industrielle (Arkema), limitant ainsi les impacts environnementaux et l’opposition locale. Il bénéficie d’un fort ancrage territorial avec l’implication des collectivités, des agriculteurs et d’acteurs locaux, ainsi qu’une démarche de concertation active.

L’unité traitera environ 36 000 tonnes de matières organiques par an, issues de plusieurs sources : agriculture, biodéchets, industries agroalimentaires. La sécurisation des intrants est un point clé, avec une répartition diversifiée et contractualisée pour garantir la stabilité du modèle économique.

Le procédé produit également des digestats valorisés en agriculture (fertilisant naturel) : environ 34 000 m³/an, dont 29 000 m³ liquides et 5 000 m³ solides, épandus sur 1 600 hectares. La gestion de ces digestats constitue également un enjeu important, notamment dans un territoire contraint (relief, parcellaire, sensibilité environnementale).

La production de biométhane atteindra environ 400 Nm³/h, soit 38 GWh/an, équivalent à la consommation de 10 000 foyers. Le gaz sera injecté dans le réseau de transport de gaz et complété par une valorisation du CO₂ (environ 3 770 tonnes/an).

Le projet a franchi les étapes réglementaires clés (permis, ICPE) et a été lauréat d'un appel d’offres de la CRE, ce qui lui permettra de bénéficier d’un tarif d’achat garanti pendant 15 ans. Les travaux ont débuté en janvier 2026, avec une mise en service prévue en septembre 2027.

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