Comment le dispositif des CEE a-t-il évolué au 1er janvier 2026 ?
―Florence Lievyn : De nouvelles fiches d’opérations standardisées s’appliquent depuis le 1er janvier 2026 pour les PAC. Au nombre de six, contre deux jusque-là, celles-ci sont déclinées par technologie (PAC air/eau, système géothermique, PAC eau/eau ou eau glycolée/ eau), pour le résidentiel collectif d’une part et pour le tertiaire d’autre part.
―Héloïse Poss : Toutes les fiches ont été mises à jour pour s’adapter au nouveau mode de calcul des économies d’énergie. Ce calcul, qui était précédemment réalisé en énergie primaire, est désormais adapté pour être exprimé en énergie finale intégrale. Il évalue la différence de consommations avant et après travaux.
Niveau de bonification que peut atteindre le Coup de pouce Chauffage dans le cas d’une PAC eau/eau (géothermique).
Que change ce nouveau dispositif pour la valorisation des PAC hybrides collectives ?
―F. L. : Ces nouvelles fiches bonifient environ par trois le montant du volume des kWh cumac des PAC et, par conséquent, des PAC hybrides, et augmentent donc d’autant les montants de primes associées.
Qu’en est-il du Coup de pouce Chauffage des bâtiments résidentiels collectifs et tertiaires ?
―F. L. : Cette bonification est conditionnée à la dépose d’un équipement utilisant une énergie fossile au profit d’une solution thermodynamique. Autrement dit, il convient de déposer au minimum une chaudière gaz, charbon ou fioul quand l’installation existante en compte plusieurs.
―H. P. : Pour les PAC air/eau, la bonification est appliquée sous la forme d’un coefficient multiplicateur de 3 sur le forfait CEE. Selon la technologie retenue, ce coefficient peut être supérieur. Par conséquent, en cumulant les dispositifs de la nouvelle fiche CEE et le Coup de pouce Chauffage, le bonus des kWh cumac est multiplié par 9 par rapport à l’ancienne fiche !
Dans le dispositif des CEE, comment la PAC hybride est-elle valorisée selon qu’il s’agit d’une rénovation de chaufferie ou d’une rénovation globale ?
―H. P. : Rénovation par geste ou rénovation globale sont deux stratégies différentes. En rénovation globale, pour bénéficier des CEE, il faut atteindre au minimum 35 % de gain énergétique en énergie primaire. Dans le cas d’une hybridation gaz, la PAC électrique doit couvrir au moins 70 % des besoins du ou des usages remplacés, ce qui conduit à une couverture majoritaire des besoins par la solution renouvelable. C’est, par exemple, accessible en chauffage de logements collectifs dans la majorité des cas avec une puissance de PAC à 0/50 correspondant à 30-35 % des déperditions du bâtiment. En rénovation par geste avec les fiches PAC, les critères de valorisation pris en compte relèvent plutôt de la performance des machines sélectionnées, des usages couverts et du nombre de logements ou de la surface en tertiaire.
―F. L. : Cela fait partie des calculs à faire. Il n’existe pas une seule manière de maximiser les CEE, et la fiche de rénovation globale peut être challengée sans pour autant modifier le projet de travaux. Un critère à bien prendre en compte est le facteur R (voir encadré). Il concerne les fiches PAC, mais pas la fiche de rénovation globale.
Héloïse POSS
Responsable efficacité énergétique - GRDF CEGIBAT
Florence LYEVIN
Responsable des affaires publiques chez Sonergia - présidente du GPCEE
On ne cherche donc pas à maximiser les CEE mais plutôt à diminuer le reste à charge ?
―F. L. : Le CEE peut être un élément d’aide à la décision mais il ne doit pas déterminer le projet de travaux. On se base d’abord sur la technique et ensuite on cherche à optimiser le projet autant que faire se peut. Nous challengeons les projets pour que le client puisse obtenir le meilleur reste à charge, par exemple, en allant chercher les facteurs R de 0,1 ou 0,2, ou en augmentant légèrement la puissance de la PAC. Autre option, diminuer la puissance de la chaudière en acceptant qu’elle fonctionne uniquement en complément de puissance et non en secours, lorsque le facteur R est inférieur à 0,4. Nous sommes force de proposition pour optimiser les projets, ce qui peut faire gagner plusieurs milliers d’euros sur un projet en maximisant les CEE.
Comprendre l’impact du facteur R
Le facteur R est le rapport entre la puissance nominale des PAC nouvellement installées et la puissance totale utile de la chaufferie après travaux (PAC + chaudières).
Facteur R = Puissance nominale nouvelle PAC / Puissance totale utile chaufferie après travaux
À savoir pour l’obtention des CEE
- Le facteur R intervient pour le calcul du montant initial des CEE avant le Coup de pouce Chauffage. En effet, ce dernier n’est pas lié au facteur R mais à la dépose de la chaudière. Un dimensionnement avec un facteur R de plus de 0,4 permet de bénéficier de la totalité des CEE. Si, en plus, on dépose une chaudière, ce montant est multiplié par 3.
- En outre, le montant du Coup de pouce Chauffage ne dépend pas de la puissance de la PAC.
En matière de dimensionnement
Le facteur R est appliqué à la prime CEE, qui est calculée au prorata de cette valeur. À partir d’une valeur de 0,4, il devient égal à l’unité (R ≥ 0,4 = R = 1). Dans une logique d’hybridation avec une chaudière qui couvre l’intégralité des besoins du bâtiment et peut être utilisée en appoint secours, un facteur R de 0,4 équivaut à une puissance de PAC de près de 70 % (66 %) des déperditions. À une telle puissance, l’intérêt de l’hybridation devient extrêmement limité, et les contraintes techniques s’avèrent importantes (place disponible pour le nombre d’unités extérieures à installer, impact sur l’acoustique des systèmes, raccordement électrique, contrat à souscrire, etc.). Pour la PAC hybride, nous encourageons plutôt les projets avec de petites PAC, sans chercher à obtenir un facteur R de 0,4 : le projet génère moins de CEE, mais est techniquement plus faisable et présente un reste à charge plus faible pour le client.
Comment trouver le meilleur compromis lors du dimensionnement de la PAC hybride ?
―H. P. : La réponse dépend du projet, des objectifs du maître d’ouvrage et des contraintes techniques, à la fois pour les CEE et l’optimisation du reste à charge. La méthode qui fait foi au niveau filière, disponible sur le site d’Uniclima, conseille de dimensionne la PAC entre 30 % et 35 % des déperditions du bâtiment, selon la zone climatique, pour atteindre un taux de couverture du chauffage de 70 % en logement collectif. On ne mobilise pas la totalité des CEE, mais on est compétitif, avec ou sans Coup de pouce Chauffage, par rapport à une PAC électrique seule. Deuxième option, intéressante pour réduire l’encombrement, la puissance électrique..., on peut privilégier une PAC de moindre puissance, par exemple pour couvrir 20 % des déperditions, et obtenir tout de même un taux de couverture de 60 %. La PAC coûte moins cher, et on peut quand même mobiliser des CEE, même si on vient en chercher moins qu’avec la solution précédente. Tout dépend des objectifs recherchés par le maître d’ouvrage : décarbonation avec un dimensionnement entre 30 % et 35 %, ou recherche d’un optimum technico économique, que nous avions calculé chez GRDF avec un dimensionnement aux alentours de 20 % à 25 %. Une troisième option consiste à dimensionner la chaudière uniquement en complément de puissance, et non en secours, à environ 60 % des déperditions du bâti ment, et à sélectionner une PAC dont la puissance représente 40 % de ces déperditions. Cette configuration permet d’obtenir un facteur R égal à 1 et d’optimiser les CEE, tout en évitant une trop forte puissance de PAC. Mais ce scénario peut être contraignant (absence de secours de la chaudière, nombre de PAC et puissance plus élevés, qui entraînent des contraintes citées plus haut, etc.) et ne peut pas, en outre, être mis en œuvre sur chaque projet. Il est donc indispensable d’étudier l’ensemble des scénarios de dimensionnement.
À RETENIR
- De nouvelles fiches d’opérations standardisées sont entrées en vigueur au 1er janvier 2026 pour les PAC, dont les PAC hybrides collectives.
- Le nouveau mode de calcul des économies d’énergie favorise les solutions électriques, avec une bonification par trois environ du montant des CEE pour l’hybridation.
- Lorsqu’une PAC remplace une chaudière, le Coup de pouce Chauffage permet une valorisation supplémentaire, avec un coefficient multiplicateur qui dépend de la technologie retenue (x3 pour les PAC air/eau).
- Le montant des CEE dépend de la stratégie adoptée : rénovation par geste ou rénovation globale.
- Plusieurs scénarios d’hybridation sont possibles, l’important est de trouver le meilleur dimensionnement pour réduire le reste à charge en tenant compte des contraintes et des objectifs du client.
- Les différentes études montrent que la totalité de la consommation de gaz française (estimée entre 300 TWh et 420 TWh) pourra être couverte en 2050 par les gaz verts, dont l’hydrogène.