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Pourquoi est-il indispensable de conserver les chaudières gaz ?

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La France a récemment été le théâtre d'une volonté gouvernementale majeure : l'arrêt des chaudières à gaz, une mesure audacieuse visant à accélérer la transition vers des sources d'énergie plus durables. Cependant, ce choix a rapidement suscité des débats passionnés, entraînant une concertation publique et finalement un rétropédalage inattendu du gouvernement. Cette volte-face a été motivée par des considérations économiques, environnementales et industrielles. Retours sur les atouts de la chaudière et la mobilisation de la filière pour avancer sur la décarbonation avec la sobriété énergétique, l'hybridation et les gaz renouvelables.

Retour sur cette saga énergétique qui illustre les défis complexes de la transition ! 

Dans le cadre de la planification écologique, une concertation publique a été lancée du 5 juin au 28 juillet 2023 pour préparer l’accélération de la décarbonation du secteur du bâtiment. Cela fait suite à l’évocation en mai 2023, de la part d’Élisabeth Borne, Première ministre, de la possibilité d’interdire le chauffage au gaz à horizon 2026. Finalement qualifié d’ « inatteignable » par Olivier Klein, ancien ministre en charge du Logement, l’abandon des chaudières gaz d’ici 3 ans ne sera pas poursuivi. Les autorités publiques y ont d’ailleurs renoncé. « Il n'y aura pas d'interdiction des chaudières à gaz » avait fait savoir un membre du gouvernement au Journal les Echos. 

Il existe en effet d’autres voies alternatives à l’interdiction de la chaudière qui permettent d’atteindre la cible visée en termes de réduction des émissions de GES : la diminution des consommations via la sobriété, l’efficacité énergétique, le développement massif du gaz renouvelable pour atteindre à terme 100% des consommations en 2050 et l’accélération du développement des solutions hybrides permettant de limiter la pointe électrique.  

Stigmatiser un équipement en envisageant l'interdiction d'installer de nouvelles chaudières à gaz est apparu pour toute la filière comme une fausse bonne idée aux conséquences néfastes sur plusieurs aspects. Au lieu de condamner la chaudière gaz en la qualifiant de fossile, la priorité devrait être de rendre le gaz plus respectueux de l'environnement en incitant à la production de biométhane. D'ailleurs dans le cas où elle consomme du biométhane, la chaudière gaz est qualifiée d’équipement renouvelable. 

Interdire de nouvelles installations de chaudières à condensation serait donc une fausse bonne idée sachant qu’elles sont compatibles avec le biométhane, qui est rappelons-le, une énergie renouvelable stockable produite localement en France à partir de ressources territoriales. 

Les conséquences énergétiques et environnementales d’une telle mesure

Une interdiction des chaudières au gaz se traduirait par des transferts massifs du chauffage au gaz vers le chauffage électrique, et donc une forte augmentation de la demande hivernale d’électricité, mettant en risque la résilience1 du système électrique à court, moyen et long terme.  

Dans le rapport de septembre 2023 sur les chiffres clés de l’énergie on peut lire « En 2022, la production nette d’électricité s’élève à 455 TWh, en baisse de 14,6 % par rapport à l’année précédente. Cette baisse s’explique surtout par le recul de la production nucléaire (- 22,7 %, à 279 TWh) du fait d’une moindre disponibilité du parc2. Dans ce contexte, les centrales thermiques ont été davantage sollicitées : la production thermique classique, à 66 TWh, augmente de 19,4 %. Le gaz naturel y est prépondérant est assure plus de 64% de la production d’électricité thermique. La production hydraulique diminue de 20,0 % par rapport à 2021 en raison de la sécheresse. »  

Ces faits apparaissent en contradiction avec une électrification massive des usages thermosensibles, autrement dit du chauffage dont on a besoin particulièrement en période de pointe hivernale, là où le réseau électrique est le plus en tension et par conséquent là où le kilowattheure électrique est le plus carboné. En effet, l’impact carbone de la production électrique est saisonnier et dépend des moyens de production utilisés. Tout surplus de demande d’électricité en hiver (usage chauffage) sera couvert par de la production carbonée supplémentaire (coûteuse et émissive en CO2 carbonée3).  

Les conséquences économiques et financières (souveraineté industrielle)

Remplacer une chaudière gaz par une PAC électrique n’est pas anodin et a des conséquences directes sur le pouvoir d'achat des ménages pour qui la chaudière THPE est un équipement simple, robuste et performant avec un reste à charge compétitif, des coûts d’entretien maitrisés.  

Dans un second temps, des surcoûts seraient observés d’un point de vue macro sur les infrastructures via le renforcement massif des réseaux électriques et/ou l’investissement des nouveaux moyens de production du parc électrique pour accueillir la demande croissante de la demande électrique. 

Également serait touchée la souveraineté industrielle : les chaudières sont majoritairement produites en France et en Europe. L’industrie du gaz compte 130 000 emplois directs et indirects en France4. Son poids est significatif et contribue à la richesse du tissu industriel national. 

Enfin, l’évolution et adaptation des métiers face aux nouvelles technologies est à considérer. Il est plus simple pour un mainteneur d’ajuster sa pratique sur une chaudière alimentée au gaz renouvelable (comme cela se fait déjà !) que de lui demander de maintenir une PAC. La maintenance des pompes à chaleur nécessite des connaissances spécifiques en raison de leurs caractéristiques et de leur fonctionnement différent par rapport aux chaudières traditionnelles. Les professionnels qui entretiennent les PAC doivent comprendre les composants électriques, les systèmes de circulation de fluide frigorigène, les capteurs, etc.  

Les réponses de la filière gaz face à l’enjeu de la décarbonation 

La voie la plus accessible de décarbonation du bâtiment repose sur la complémentarité des vecteurs énergétiques 

L’hybridation des solutions constitue une solution intelligente utilisant la complémentarité des énergies et répondant au besoin de flexibilité électrique saisonnière. Cette solution offre les mêmes bénéfices que la pompe à chaleur électrique (économies d’énergie et décarbonation) tout en apportant de la flexibilité au réseau électrique. Elle est plébiscitée dans plusieurs scénarios prospectifs :  

  • RTE maintient 7 millions de foyers chauffés au gaz (dont 3 Millions de PAC hybrides) dans son scénario Futurs Énergétiques 20505;  

  • de son côté l’ADEME prévoit que jusqu’à 5,7 millions de logements pourraient être équipés d’une PAC hybride dans son rapport « Transitions 2050 »6

L’atténuation de la pointe du réseau électrique permise par le fonctionnement intelligent de la PAC hybride s’explique comme suit : lorsque les températures sont particulièrement froides et que la demande de chauffage est très forte, la PAC hybride a recours, via un module de régulation intelligente au gaz pour limiter cette pointe de consommation d’électricité. La PAC hybride répond ainsi aux besoins de la France d’équilibrer son mix énergétique en s’appuyant sur la complémentarité des énergies. 

Bon à savoir : en période de pointe hivernale, le gaz fournit jusqu’à 50 % des besoins d’énergies, soit 125 GW contre 90 GW pour l’électricité. 

Schéma d'une PAC hybride collective

L’essor du biométhane, gaz renouvelable : incontournable au mix énergétique français !  

Le biogaz est un gaz 100 % renouvelable produit localement à partir de résidus agricoles, d’effluents d’élevage et de déchets issus des territoires. Après épuration, il atteint le même niveau de qualité que le gaz naturel et peut donc être injecté dans les réseaux. On l’appelle alors biométhane ou gaz renouvelable. Son bilan carbone est bien meilleur que celui du gaz non renouvelable. Tout comme le gaz naturel, le biométhane sert à chauffer, cuisiner mais pas seulement… Utilisé comme carburant (BioGNV), il offre une solution économique et écologique pour le transport de marchandises et de personnes. 

Le gaz renouvelable, par ses capacités de stockage et son contenu carbone, est une énergie indispensable à la France pour décarboner sereinement son mix énergétique. Il permet d’augmenter la part d’énergie renouvelable dans les consommations d’énergie, d’améliorer l’indépendance énergétique du pays tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre. 

Fin 2022, nous comptions 514 installations d’une capacité d’injection de 9,0 TWh/an raccordées aux réseaux de gaz naturel, tandis que 876 projets supplémentaires, représentant une capacité de 15,8 TWh/an, étaient en développement7. A fin 2023, 132 installations supplémentaires ont vu le jour, soit 646 au total et permettent d’injecter une capacité de 11,7 TWh/an ce qui représente l’équivalent d'environ 3 000 000 logements neufs8 chauffés sur une année. 

Au-delà des enjeux évidents liés à l’énergie, à la réduction des émissions de CO2 et à la valorisation des déchets, la méthanisation apporte également les atouts incontestables suivants : 

  • Indépendance énergétique : plus on produit et consomme du gaz renouvelable français (à partir de ressources locales), moins on a besoin d’importer de gaz venant d’autres pays (USA via méthaniers notamment) 

  • Développement d’une économie circulaire pour les territoires : valorisation des exploitations / diversification des revenus des agriculteurs, production d’un engrais naturel – le digestat, création d’emplois non-délocalisables directs et indirects9 

Tableau présentant le pipe du biométhane en 2023
Infographie du biométhane en 2023

Pour conclure 

La décarbonation du bâtiment apparait comme un défi devant répondre à la fois aux enjeux énergétiques, environnementaux et économiques. Pour ce faire, il faut garder une pluralité des solutions et énergies associées afin de permettre à tous de se préparer à cette transition qui est déjà enclenchée.  

La sobriété et l'emprunte carbone est l’affaire de tous, y compris les foyers équipés de systèmes de chauffage électriques qui, en période de pointe hivernale, seront soumis à la saisonnalité de l’empreinte carbone du kilowattheure électrique… Rappelons que l’année 2022 a été le témoin d’une hausse de près de 20% par rapport à 2021 de la production électrique par voie thermique : plus polluante et plus coûteuse !  

Les systèmes intelligents hybrides, combinant les énergies entre elles viennent soulager le réseau électrique toujours plus sollicité par une demande ne cessant d’augmenter (du fait de l’électrification massive des usages, sans oublier la mobilité). Les PAC hybrides notamment se démarquent et apparaissent dans plusieurs grands scénarios prospectifs tels que ceux de l’ADEME ou RTE à l’horizon 2050. Enfin, développer et encourager l’essor du biométhane, gaz d’origine renouvelable en France, réunit de nombreux atouts sur les plans énergétiques (favorisant l’indépendance énergétique de la France), environnementaux (diminution drastique de l’empreinte carbone10) et économiques (impact sociétal sur l’agriculture et la création d’emplois11).

 

1 Voir page 377/687 Transition(s) 2050 : Choisir maintenant agir pour le climat- Rapport (ademe.fr)
2 chiffres-cles-de-lenergie-2023.pdf (developpement-durable.gouv.fr) page 66 « En effet, fin 2021, à la suite de la détection de microfissures liées au phénomène de corrosion sous contrainte dans la centrale de Civeaux, plusieurs réacteurs ont été arrêtés de manière préventive ou pour réparation. »
3 Utilisé pour produire de l’électricité dans une centrale électrique au gaz, le contenu carbone du gaz fossile monte à 418 gCO2éq/kWh élec produit (460 gCO2éq/kWh en comptant les pertes sur les réseaux, jusqu’au niveau Basse Tension) ; utilisé pour produire directement de la chaleur, son contenu carbone est de 227 gCO2éq/kWh
4 Emplois de la filière gaz en France - Synthèse + Etude détaillée (francegaz.fr)
5 Futurs énergétiques 2050 : les scénarios de mix de production à l’étude permettant d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 | RTE (rte-france.com)
6 Voir page 135/687 Transition(s) 2050 : Choisir maintenant agir pour le climat- Rapport (ademe.fr)
7 chiffres-cles-de-lenergie-2023.pdf (developpement-durable.gouv.fr)
8 base de consommation de 4 MWh/an
9 Les emplois dans la filière biogaz en France (grdf.fr) et Création d'emplois | InfoMetha
10 Du biométhane pour réduire les gaz à effet de serre - GRDF.FR
11 Docuthèque - Portail National de la Méthanisation (methafrance.fr)

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