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Réglementation

Les points d’attention dans la saisie des études réglementaires RE2020

Mis à jour le
4.4/5 (7 avis)
Mélissa POUET
Responsable efficacité énergétique - GRDF CEGIBAT

Après quelques mois d’utilisation des différents logiciels de saisie pour le calcul réglementaire des études RE2020, des premières tendances se dégagent avec des bonnes pratiques en matière de saisie mais aussi en matière de conception.

Nouveaux usages intégrés dans le Cep (consommations des parties communes et parking, consommations liées au déplacement de l’occupant), quels réflexes avoir dans la conception pour ne pas voir les consommations s’envoler ?

— D’une manière générale, faites attention aux valeurs entrées par défaut dans le moteur de calcul. Elles pénaliseraient les consommations d’énergie primaire totales.

Les consommations d’énergie primaire liées au déplacement de l’occupant, lorsqu’elles sont mal renseignées, alourdissent le Cep total. Il est ensuite très difficile de les réduire puisque, à moins de revoir la conception du bâtiment (en supprimant une cage d’ascenseur ou un niveau de parking), il n’y a pas d‘autres leviers d’optimisation. Pour réduire les consommations du Cep total, il faut donc aller chercher des économies d’énergie sur les postes historiques du Cep (chauffage, ECS, refroidissement) en travaillant sur l’enveloppe du bâti et l’efficacité des systèmes.

• L’éclairage des parkings internes

La puissance totale de l’éclairage installé dans un parking en sous-sol est renseignée par défaut, avec une valeur pénalisante de 75 W par place de parking (un éclairage LED a une puissance de 16 W par place de parking).

De même par défaut, le parking est considéré ouvert 24 h/24 et sans détection de présence.

Pourtant, la détection de présence, qui est devenue une pratique très courante aujourd’hui, permet un abattement conventionnel de consommation de 80 %. Ces deux optimisations peuvent permettre de diminuer le Cep déplacement de plusieurs kWhep/(m².an).

• La ventilation des parcs de stationnement fermés

Le modèle calcule la consommation annuelle et horaire du système de ventilation forcée d’un parking fermé, si l’utilisateur déclare que le parking est en ventilation forcée.

Pour les parkings d’habitation, un débit de 600 m3/h par véhicule est pris en compte lorsque la ventilation est permanente, 24 h/24. Il suffit alors de rentrer la puissance électrique de fonctionnement du système de ventilation pour assurer ces débits.

Lorsque le bâtiment est doté d’un seul niveau de parking, en fonction de la configuration de celui-ci, la mise en place d’une ventilation forcée n’est pas obligatoire. Elle le devient à partir de deux niveaux.

• Les ascenseurs, escalators et monte-charge

Une attention particulière devra être portée aux consommations liées aux ascenseurs, car elles peuvent être pénalisantes dans le bilan total. De même, le nombre de cages d’ascenseur devra être réfléchi en amont en vue de les limiter.

Dans les profils d’utilisation de l’ascenseur par défaut, les scenarii de mise en veille ne sont pas renseignés. Il existe aujourd’hui de nombreux produits sur le marché présentant des consommations optimisées, notamment parce qu’ils prennent en compte la récupération d’énergie à la descente de la machine.

Pour avoir un ordre de grandeur en tête, la valeur du Cep liée aux usages de mobilité, pour un projet standard, se situe entre 3 et 8 kWhep/(m².an). Au-delà de cette valeur, le projet peut certainement être optimisé.

Exemple d’une installation photovoltaïque installée sur une maison
Exemple d’une installation photovoltaïque installée sur une maison

La production locale d'électricité par panneaux photovoltaïques ou par une cogénération est-elle toujours valorisée réglementairement comme en RT2012 ?

— Dans la RE2020, la production locale d’électricité ne peut plus être valorisée en injection sur le réseau ou autoconsommée dans les mêmes conditions qu’en RT2012. D’un point de vue strictement réglementaire, la production d’électricité par panneaux photovoltaïques ou par cogénération a de ce fait peu d’intérêt. Cependant, dans l’objectif de réduire ses factures, cette production locale est toujours pertinente.

• Autoconsommation valorisée au pas de temps horaire

En RE2020, la déduction de la production d’électricité produite sur place est limitée à l’autoconsommation simultanée au pas de temps horaire, autrement dit, la production doit coïncider avec les consommations pour être valorisée pleinement. Contrairement à la RT2012, l’énergie exportée sur le réseau n’est pas valorisée dans le calcul réglementaire.

Or, comme on le voit sur le profil type de consommation d’une maison, la production d’électricité à base de panneaux photovoltaïques ne coïncide que rarement avec les consommations. Le surplus de production n’est donc pas valorisé.

• Effacement d’une partie des usages mobiliers dans le calcul

Dans le cadre de cette méthode de calcul, une estimation de la consommation des équipements mobiliers est réalisée. Elle regroupe tous les appareils absents à la livraison du bâtiment et consommant de l’énergie électrique : équipements bureautiques, électroménagers, appareils domestiques…

Nouveauté de la RE2020, une partie de la production d’électricité efface la part correspondant aux consommations liées aux usages mobiliers au pas de temps horaire. C’est le seul cas dans la méthode de calcul où la RE2020 intègre les consommations des usages mobiliers.

Ainsi, toute l’autoconsommation n’est pas déduite des indicateurs Cep et Cep nr puisqu’une partie de l’autoconsommation est prise en compte sur les usages mobiliers – qui ne sont pas intégrés dans le Cep et le Cep nr.

• Impact de la production d’électricité sur les indicateurs

  • Cep et Cep nr : une partie de la part autoconsommée de la production d’électricité est déduite des consommations d’énergie pour les usages concernés (chauffage, ECS, refroidissement, éclairage, auxiliaire et déplacement).
  • IC Énergie : cet indicateur ne tient compte que des énergies importées (donc déduction faite de la part autoconsommée pour le vecteur énergétique).
  • Impact environnemental des installations de production d’électricité (lot 13) : celles-ci sont prises en compte au prorata du taux d’autoconsommation d’électricité (Part autoconsommée/Part produite par le PV).
Valeurs de perméabilité, pénalisation des valeurs mesurées
Valeurs de perméabilité, pénalisation des valeurs mesurées

La perméabilité à l’air des bâtiments a-t-elle évolué avec la RE2020 ?

— Les valeurs de perméabilité sont les mêmes qu’en RT2012, à savoir :

  • 0,6 m³/(h.m²) en maison individuelle,
  • 1 m³/(h.m²) en logement d’habitation collectif.

La nouveauté concerne la pénalisation des valeurs mesurées par échantillonnage de 20 %. L’objectif de cette mesure est d’inciter les maîtres d’ouvrage à réaliser des contrôles sur l’ensemble des logements ou alors à l’échelle du bâtiment.

Attention donc aux optimisations sur la perméabilité dans le moteur de calcul car une perméabilité trop basse, si elle est mesurée par échantillonnage, devra encore être abaissée de 20 % lors du contrôle, ce qui laisse peu de marge de manoeuvre quant aux erreurs de mise en oeuvre pendant le chantier.

La perméabilité moyenne constatée aujourd’hui sur le parc de logements collectifs neufs se situe autour de 0,7 – 0,8 m³/(h.m²).

• La classe de ventilation

L’un des leviers faciles à mettre en place et peu coûteux pour le maître d’ouvrage consiste à passer la classe d’étanchéité de ses réseaux VMC en classe A.

Le gain par rapport à une classe renseignée par défaut peut être de l’ordre de plusieurs kWh/m².an. En contrepartie, le coût lié au contrôle plus détaillé de l’installation est de l’ordre d’une centaine d’euros seulement.

La problématique des degrés-heures (DH), quels leviers pour les diminuer ?

— Pour rappel, l’indicateur DH (Degrés-Heures) permet d’évaluer l’inconfort pour les occupants, et, dans les cas des groupes climatisés, de l’inconfort potentiel des occupants si l’on retire le système de climatisation. L’ajout d’une climatisation ne permet donc pas de traiter l’inconfort d’été au sens de la réglementation. Si le projet est non-conforme, la conception devra être reprise pour respecter le seuil maximal de DH. Pour le calcul des DH, la méthode distingue les zones traversantes des zones non traversantes. Le calcul doit être réalisé sur les deux zones. En logement collectif, on considère que les logements sont traversants si :

  • les ouvertures sont situées sur deux façades différentes,
  • les portes intérieures entre deux façades comportent un détalonnage,
  • pour chaque orientation (verticale nord, verticale est, verticale sud, verticale ouest, horizontale), la surface des baies est inférieure à 75 % de la surface totale des baies du logement.

Si l’une des zones est non conforme, le projet est réputé non conforme dans sa globalité.

Voici quelques leviers importants pour diminuer les DH :

  • Dans la mesure du possible, lors de la conception, il faut privilégier les logements traversants. En effet, l’écart en termes de DH peut passer du simple au double pour un même bâtiment, selon qu’il est traversant ou non traversant.
  • De même, il faut privilégier :
    • les baies ou fenêtres avec une section d’ouverture maximale et un angle maximal d’ouverture. Cette disposition favorise les débits d’air dans le logement et réduit les DH.
    • l’ajout de brise-soleil orientables (BSO) avec sun tracking,
    • l’ajout de brasseur d’air dans le séjour ou dans les chambres,
    • la gestion motorisée des volets roulants (personnalisable ou crépusculaire),
    • l’utilisation de couleur claire en façade.

D’une manière générale en logement collectif, hors zones H2d et H3, les degrés-heures ne sont toutefois pas trop contraignants.

L’IC Construction, un indicateur encore assez complexe à calculer

• L’absence de nombreuses fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) et fiches profil environnemental produit (PEP)

De nombreuses données sont encore entrées par défaut ou de manière forfaitaire parce que les fiches FDES ou PEP ne sont pas disponibles auprès des fabricants.

L’absence de ces données pénalise le bilan carbone global mais rend aussi la saisie plus complexe. En effet, la base évoluant très fréquemment, il est difficile d’acquérir des automatismes.

La saisie des métrés et des quantités sont des données très importantes qui, en fonction du niveau de détail retenu, ont un impact considérable sur le bilan. Et si l’on pouvait constater de petits écarts de saisie sur les études thermiques en RT2012, le constat est encore plus frappant sur la partie ACV en RE2020 : le même projet étudié par dix bureaux d’études donnera dix résultats différents, avec parfois des variations très importantes !

• L’impact des fluides frigorigènes dans le lot 8 (CVC)

Le lot 8 CVC (Chauffage - Ventilation - Refroidissement - Eau Chaude Sanitaire) se décompose en 7 sous-lots et, en l’absence de fiches PEP, le sous-lot 8.1 concernant les équipements de production est renseigné de manière forfaitaire (avec une valeur à 74 kgCO2eq/m²Sref).

Lorsque c’est le cas et pour les systèmes comprenant des fluides frigorigènes, ceux-ci doivent être saisis distinctement des équipements au sous-lot 8.7, à partir des données fournies par le fabricant détaillant le fluide frigorigène utilisé et la charge de celui-ci.

En fonction du fluide frigorigène utilisé par le fabricant (R410A, R134A, R32, R290…), c’est bien souvent ce sous-lot 8.7 qui est le plus impactant dans le lot 8. Il peut rendre une étude non conforme sur l’indicateur IC Construction.

Dans les années à venir, la réglementation européenne F-Gaz va contraindre les fabricants à utiliser des fluides frigorigènes plus vertueux, puisqu’elle fixe l’objectif de diminuer le GWP (ou PRG - potentiel de réchauffement global) moyen des fluides de 2 000 à 400 entre 2015 et 2030.

MA NOTE