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Réalisation

À Paris, une copropriété rénovée tient le pari des économies d’énergie

Mis à jour le
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Située dans le 15e arrondissement de Paris, une copropriété de 80 logements a fait l’objet d’un bouquet de travaux de rénovation, dont le remplacement de chaudières fioul par des chaudières gaz à condensation THPE. Résultat : une économie de près de 60% sur la consommation énergétique (bien au-dessus de l’objectif de 35% pour bénéficier des aides).

Résidence Castagnary-Fizeau
résidence Castagnary Fizeau

Carte d'identité

Localité :
Paris 15eme
Type de bâtiment :
Copropriété de 80 logements
Maître d'ouvrage : Conseil syndical de la résidence Castagnary-Fizeau
Architecte : One Art Studio
Bureau d'études thermiques : Sénova
Consommations observées : Bat. A : 79 et Bat B. 89 (Cep/en kWh/m2.an)

Localisée à proximité des voies de la gare Montparnasse, la résidence Castagnary-Fizeau est composée de 2 bâtiments de 14 et 7 étages (le premier donnant sur la rue Castagnary, l’autre sur la rue Fizeau). Ces 2 immeubles appartenant à la même copropriété totalisent 80 logements allant du studio au 5-pièces. Construite en 1971, la résidence Castagnary-Fizeau n’avait jamais fait l’objet d’une rénovation thermique globale. Un seul ravalement des façades avait été réalisé en 1991; la chaufferie d’origine, composée de 2 chaudières fioul, était quant à elle toujours opérationnelle. Cinquante ans plus tard, le conseil syndical de la copropriété s’est légitimement posé la question de leur remplacement, au gré d’un prochain ravalement de façade, d’ores et déjà programmé. « Des lézardes commençaient à apparaître ; une nouvelle rénovation des façades s’imposait, explique Jean-Gérard Robichez, membre du conseil syndical. Nous nous sommes alors dit que, quitte à installer un échafaudage sur 14 et 7 étages, nous pouvions saisir l’occasion pour faire de l’isolation thermique, afin de mieux amortir le coût de ce nouveau ravalement. »

Un bouquet de travaux payant

Ainsi, l’idée d’une rénovation «multilot » à même d’améliorer l’étiquette énergétique de la copropriété fait son chemin, au gré d’un audit réalisé par le bureau d’études Sénova, qui a conforté le conseil syndical dans son intuition. « Chez Sénova, nous nous posons systématiquement la question de savoir s’il n’est pas pertinent de préconiser un programme de rénovation plus ambitieux que celui initialement prévu », indique Pierre Monteiro, chargé d’affaires et référent chaufferie au sein du BE. Un argumentaire d’autant plus convaincant que l’un des guichets d’aide que propose le gouvernement, MaPrimeRénov’ Copro, impose comme objectif une économie d’énergie de l’ordre de 35 %. Un critère ambitieux sciemment fixé pour flécher des programmes de rénovation multilots. «Une rénovation sur un seul lot ne permet jamais d’atteindre les 35% d’économies d’énergie nécessaires à l’obtention de ce type d’aide, confirme Pierre Monteiro. Il faut donc investir au minimum dans trois lots : l’enveloppe, la ventilation et la chaufferie. » Dès 2018, le conseil syndical a effectué des réunions d’information à l’intention de l’ensemble des copropriétaires en leur présentant les différentes options possibles (ravalement simple ou augmenté d’une amélioration thermique). Très vite, les copropriétaires sont convenus qu’une rénovation multilot était la plus pertinente. Décision entérinée au cours de l’assemblée générale de 2019. Un choix payant, puisque, outre MaPrimeRénov’, il a été possible de solliciter d’autres guichets de financement (dont l’Anah), afin d’alléger le coût des travaux pour l’ensemble des copropriétaires. «Sur 1,6 million d’euros investi, nous avons pu en récupérer près de la moitié, se félicite Jean-Gérard Robichez, à la fois sous la forme d’aides globales, mais également sous la forme d’aides ciblées, pour les copropriétaires en situation financière difficile.»

La rénovation de l’enveloppe a constitué la plus grosse part de cet investissement. Outre le remplacement des menuiseries par du double vitrage, un ravalement avec isolation thermique des pignons et façades jardins a été réalisé, ainsi que l’isolation thermique des planchers hauts. L’ITE est constituée de 14 cm de laine de roche pour un R de 3,95 m².K/W sous enduit et un bardage en panneaux stratifiés sur 14 cm de laine de verre a été ajouté en quelques points singuliers. Un système de ventilation naturelle assistée a également été mis en œuvre sur les 2 bâtiments.
La chaufferie de la copropriété, basée en sous-sol de la tour Castagnary, a quant à elle fait l’objet d’une rénovation complète. Si la cuve de fioul enterrée n’a pas été déposée, les 2 anciennes chaudières fioul, de 448 kW chacune, ont été remplacées par 2 chaudières gaz à condensation THPE de 140 kW chacune. «Pour être tout à fait objectif, nous aurions pu nous reposer la question du choix du gaz à la lumière de la situation géopolitique actuelle, concède Pierre Monteiro. Cependant, sur ce type de résidence, les systèmes EnR sont difficiles à mettre en œuvre. Une solution de chauffage au bois aurait nécessité l’installation d’un silo aux dimensions démesurées pour satisfaire tous ces logements, sans parler des normes inhérentes en termes de sécurité incendie. Quant aux PAC, il aurait été possible de trouver de la place en toiture mais il aurait fallu que la copropriété souscrive un abonnement électrique plus onéreux. Le TGBT (tableau général électrique basse tension) de la copropriété délivre du 9 kVA; il aurait fallu passer à du 35 kVA pour alimenter les PAC et tous les auxiliaires. La solution n’a donc pas été retenue. »

Ballon ECS de 1500 l
Ballon ECS de 1500 l

Rénovation de la chaufferie avec deux chaudières gaz THPE

Ces deux chaudières THPE ont été choisies non seulement pour leur rendement, mais également pour leur capacité à moduler leur puissance, de façon à adopter en permanence le régime de fonctionnement où elles sont le plus performantes. En l’espèce, à régime intermédiaire ou à bas régime, ces chaudières THPE affichent des rendements sur PCI de 103 ou 107%, tandis qu’à 80% de charge ce rendement chute à 90%. «Ce type de chaudières a des caractéristiques permettant de s’adapter à la plupart des projets, affirme Pierre Monteiro. Le fait qu’elles puissent faire varier leur puissance permet de réduire le nombre de chaudières – deux au lieu de trois – et, in fine, de réduire les coûts d’investissement.»

La rénovation de la seule chaufferie s’est déroulée durant cinq mois, entre avril et août 2021. L’enjeu consistait à assurer une continuité de service, notamment dans la production d’eau chaude sanitaire ou ECS (la période se situant pour l’essentiel en dehors de la saison de chauffe), ce qui a requis une logistique adaptée. «La première des difficultés sur ce genre de projet consiste à rénover la chaufferie fonctionnelle sans porter préjudice à son fonctionnement, confirme Pierre Monteiro. Cette rénovation ne peut se faire que par étapes, en limitant les coupures, notamment d’ECS. Cela induit de prévenir les copropriétaires à l’avance par un affichage dans les parties communes. De plus, les entreprises sont très contraintes quant à l’implantation des équipements. Elles ne peuvent pas repartir de zéro, du fait du positionnement des canalisations.»

Chaufferie de la résidence accueillant les deux nouvelles chaudières gaz à condensation THPE de 140kW
Chaufferie de la résidence accueillant les deux nouvelles chaudières gaz à condensation THPE de 140kW

Assurer la continuité de service

Pour assurer la continuité de service, il a fallu raccorder l’une des deux chaudières avec des flexibles provisoires sur les réseaux (neufs ou existants) afin de pouvoir déposer les anciens générateurs, avant de finaliser le raccordement «en dur » des nouveaux générateurs, sur le même socle que les anciennes chaudières. L’ancien système de production d’ECS a lui aussi été rénové : un nouveau préparateur permet d’alimenter en eau chaude un nouveau réservoir de 1 500 l. Au registre des impondérables, il a fallu consentir une semaine supplémentaire de chantier pour la gestion des éléments amiantés de l’ancienne chaufferie. «En rénovation, il arrive que des joints soient amiantés, ce qui a une incidence sur le temps de dépose, explique Pierre Monteiro. Ce fut le cas sur Castagnary-Fizeau. Une fois les éléments amiantés identifiés, il a fallu les déposer puis les emballer, afin de les emmener en décharge en toute sécurité et d’obtenir de la décharge le procès-verbal de prise en compte des déchets. Nous avons ensuite retourné ce procès-verbal au conseil syndical de la copropriété, légalement responsable de ces déchets amiantés jusqu’à leur prise en charge par la déchetterie.»

Equilibrage des réseaux

Dans les logements, les radiateurs en fonte ont été laissés en place. Sur cette copropriété, le régime de température appliqué aux radiateurs est de 70/50 °C (plutôt que 80/60 °C). La justification est double : les radiateurs étaient initialement surdimensionnés et les déperditions énergétiques du bâtiment ont été réduites grâce à la rénovation. Tous les radiateurs ont été équipés de robinets thermostatiques, laissant quelque latitude aux occupants pour ajuster leur température d’ambiance, même si la température de consigne en sortie de chaudière ne peut être dépassée. Mais outre leur impact bénéfique sur la consommation énergétique globale, les robinets thermostatiques revêtent un intérêt non négligeable en termes d’équilibrage des réseaux, comme le détaille Pierre Monteiro : «Sur Castagnary-Fizeau, nous avons deux immeubles comptant de nombreux étages. Toute la difficulté est d’y répartir au mieux la chaleur, tant horizontalement que verticalement. Les tours comptent un grand nombre de pieds de colonne, qu’il a fallu rééquilibrer (en remplaçant les vannes de pied de colonne) pour que tous les logements soient chauffés le plus uniformément possible. Ce n’est pas toujours chose facile en rénovation, et les têtes thermostatiques nous y aident, les plans vertical – en favorisant la circulation vers les étages supérieurs – comme horizontal – en permettant de répartir les débits au sein des radiateurs d’un même niveau.»

Réduction des consommations : pari tenu
À l’issue de la première année de fonctionnement de la chaudière, soit d’octobre 2021 à septembre 2022, la consommation totale de gaz s’élève à 680 MWh. Par comparaison, la consommation moyenne annuelle de fioul de la résidence sur les cinq dernières années de fonctionnement de l’ancienne chaufferie (soit la période 2017- 2021) est évaluée à 110 m3 de fioul. En appliquant un taux de conversion de 10,7, la consommation moyenne annuelle de fioul de la résidence était de 1177 MWh. À titre indicatif, en mettant en regard cette consommation moyenne de fioul avec la consommation de gaz enregistrée à l’issue de la première année de fonctionnement, les économies d’énergie sont de l’ordre de 58%.
Focus sur les économies d’énergie et d’émissions de CO2
  Bâtiment A Bâtiment B
  Avant travaux Après travaux Avant travaux Après travaux
Consommations énergétiques (Cep/en kWh/m2.an) 210 79 215 89
Émissions de gaz à effet de serre (en tonne de GES par an) 256,6 64 112,8 82,1

 

     En tant que référent chaufferie, je suis intervenu sur cette opération après la définition du CCTP (cahier des clauses techniques particulières, arrêtant les solutions préconisées ainsi que le type d’équipement à mettre en œuvre). Ma tâche a consisté à attester de la bonne tenue des travaux, notamment en vérifiant les dimensionnements, notes de calcul, et autres fiches techniques des équipements installés en chaufferie, puis en m’assurant de la bonne tenue du chantier (respect des règles de l’art, de la réglementation, etc.). Notre expertise en solutions gaz nous laissait penser qu’il était tout à fait possible d’atteindre de très bonnes performances énergétiques à coût maîtrisé sur ce projet, moyennant un bouquet de travaux (isolation, menuiseries en plus de la chaufferie.
Pierre Monteiro
Sénova
     Le chantier global a débuté en septembre 2020 (avec l’installation d’échafaudages autour du bâtiment de la rue Fizeau). Entre janvier et mars 2021, les échafaudages de la tour Castagnary ont été élevés côté jardin, puis entre avril et juin, côté rue. La fin des travaux est intervenue en septembre 2021. Au moins deux ou trois membres du conseil syndical suivaient les réunions de chantier hebdomadaires. Concernant la chaufferie, nous avions d’abord contacté la CPCU pour leur demander si un raccordement au réseau de chauffage urbain de la ville de Paris était envisageable. Il restait 300 m de raccordement à effectuer, avec un coût estimatif assez élevé (de l’ordre de 300000 €). Si nous étions convaincus d’abandonner l’énergie fioul, nous n’avons pas vraiment envisagé de recourir à des PAC. Quant à des panneaux solaires, nous ne disposons pas de la surface disponible suffisante. Le gaz s’avérait la solution la plus pertinente. Concernant la maintenance, la société SEDEP – qui gérait nos chaudières fioul – continue à nous fournir ses services pour la nouvelle chaufferie.
Jean-Gérard Robichez
conseil syndical de la résidence Castagnary-Fizeau
MA NOTE