L’hybridation des solutions gaz ouvre la voie à des installations plus intelligentes, capables de faire travailler chaque générateur dans sa plage de rendement optimal et de coordonner leur fonc-tionnement au bénéfice du confort et de l’économie d’énergie. Pour tirer pleinement parti de cette complément arité, il faut faire des mises en service dynamiques, s’assurer que la cascade des générateurs fonctionne bien, que la chaudière se met bien en route quand on le demande. C’est là que l’instrumentation prend tout son sens : équiper l’installation d’un minimum de capteurs permet de connaître de manière fiable le taux de couverture et le coefficient de performance ( COP ) moyen, les deux indicateurs clés du bon fonctionnement d’une PAC hybride. L’instrumentation n’est donc pas une contrainte supplémentaire mais le moyen de vérifier à tout moment que la promesse faite au client est bien tenue.
POURQUOI INSTRUMENTER UNE INSTALLATION HYBRIDE ?
Avec ce type d’installation associant deux générateurs et une régulation, une analyse en statique ne suffit plus. Il faut organiser une phase d’observation.
L’instrumentation permettra de :
- vérifier le bon paramétrage : l’installation a-elle les bons débits ? les bonnes températures cibles ?
La régulation (bascule entre les deux générateurs) fonctionne-t-elle normalement ? ; - suivre dans la durée les indicateurs de référence – taux de couverture de la PAC et son COP – et analyser les dérives éventuelles.
Alors qu’une instrumentation d’étude (voir encadré) relève d’un ingénieur, cette instrumentation de la PAC hybride installée est du ressort de l’exploitant habituel du site.
QUEL EST LE COÛT D’UNE INSTRUMENTATION ?
Un compteur de chaleur coûte environ 200 euros HT, un automate qui centralisera toutes les données et donnera les ordres de marche et les consignes s’élèvent à environ 1 000 euros HT, l’ensemble des capteurs tient dans une enveloppe d’environ 3 000 euros HT.
De plus, dans les sites équipés de Gestion Technique Centralisée (GTC), cette fonction de remontée de données mais aussi d’alarme est déjà incluse. Les capteurs doivent être prévus dès le départ sur le schéma hydraulique et, dans l’idéal, être mis en place en même temps que la PAC, dans une logique de maîtrise des coûts. Il est en effet moins onéreux de placer les capteurs pendant le chantier que de revenir après, ce qui suppose de mettre à l’arrêt l’installation afin de pouvoir les poser.
Le Costic souligne que la précision des capteurs est un point clé de l’instrumentation, et que chaque capteur doit être appairé afin de pouvoir être couplé aux autres éléments de l’instrumentation. La précision des capteurs peut augmenter les coûts, mais cet investissement est nécessaire. En utilisant des sondes non appairées, l’incertitude de mesure sur un delta T sera le plus souvent située entre 0,5 et 1 K, soit 10 % à 20 % pour un delta T de 5 K aux bornes d’une PAC.
Concernant la prestation intellectuelle, les chiffrages fournis par des bureaux d’études ou des exploitants se concentrent dans une fourchette entre 3 000 euros HT et 6 000 euros HT pour une ou deux années de fonctionnement.
Une fois les phases d’observation et de corrections éventuelles de l’installation réalisées, le suivi consiste à contrôler dans le temps les deux indicateurs clés afin d’identifier les dérives éventuelles. En théorie, en l’absence de dérive, cette prestation mensuelle doit être incluse dans le contrat de maintenance classique du site.
Ne pas confondre instrumentation d’installation et instrumentation d’étude
Les instrumentations d’étude ont pour objectif de caractériser une solution, de tester des modes de fonctionnement, d’aller à la limite des matériels en température par exemple pour valider leur fonctionnement.
Elles nécessitent un très grand nombre de capteurs et des heures d’analyse par un ingénieur pour traiter l’ensemble des données, proposer des correctifs et d’autres phases de test, améliorer l’installation dans le temps, l’optimiser au maximum et retranscrire le tout dans des rapports. Ce type d’instrumentation est réalisé par des centres techniques comme le Costic ou le Crigen. Il nécessite plusieurs centaines d’heures d’analyse par un ingénieur et son coût est de quelques dizaines de milliers d’euros pour une année de suivi en fonctionnement.
POURQUOI FAIRE UNE ANALYSE FONCTIONNELLE ?
Pour s’assurer que les deux générateurs fonctionnent comme ils le devraient, encore faut-il définir ce que l’on souhaite observer. Ce fonctionnement doit être caractérisé via l’analyse fonctionnelle. Trop peu détaillée, voire même trop peu souvent réalisée à l’heure actuelle, cette analyse fonctionnelle devrait accompagner chaque installation hybride, de même qu’elle s’avère bénéfique pour valider la performance de toute installation.
En attendant d’y parvenir, décrire le fonctionnement attendu dans un mode d’emploi de l’installation ou dans un document « domaine d’emploi » nous semble le minimum à exiger par le maître d’ouvrage auprès de son bureau d’études. Chaque affaire n’aura pas recours à la brique STD mais si ce devait être le cas, celle-ci devra également permettre de caractériser le schéma et d’enrichir l’analyse fonctionnelle.
QUELS ACTEURS ET QUELLES CLÉS DE LA RÉUSSITE ?
Dans les phases qui précèdent l’instrumentation, la mission de commissionnement par le bureau d’études prend tout son sens pour accompagner les installations hybrides. Le bureau d’études accompagnera le maître d’ouvrage jusqu’à la mise en service : brique STD éventuelle, conception, analyse fonctionnelle, livraison et mise en service. Les opérations de mesure, de suivi et de correction doivent revenir à l’exploitant qui suivra l’installation dans la durée. Ce rôle est encore trop peu tenu aujourd’hui.
Enfin, pour une instrumentation réussie, une vraie synergie est à trouver entre le centre de recherche et développement (R&D) du fabricant, le fabricant, le bureau d’études, l’installateur et l’exploitant. La réussite d’une instrumentation est un travail d’équipe !
À RETENIR
- Un minimum d’instrumentation et de mesures est désormais nécessaire, pour garantir la promesse de performance faite au maître d’ouvrage.
- Une mise en service dynamique ainsi qu’une analyse fonctionnelle permettront également d’assurer la promesse faite au client.
- La filière doit aujourd’hui monter en puissance : bureaux d’études sur les analyses fonctionnelles et exploitant dans la métrologie et le suivi des indicateurs de performance d’une installation.