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Actualité

Écoles : la qualité de l’air intérieur sous surveillance

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Une surveillance de la qualité de l’air intérieur est désormais obligatoire dans les crèches, écoles et autres lieux accueillant des enfants et des adolescents. Un même engagement mais deux approches différentes pour les villes de Lyon et d’Aix-les-Bains. La première a initié sa démarche par une campagne de mesures de la qualité de l’air intérieur (QAI), là où la seconde a préféré l’autodiagnostic et la mise en oeuvre d’un programme d’actions de prévention. Retour sur ces deux expériences.

La réglementation laisse le choix entre deux dispositifs : métrologie ou autodiagnostic QAI. Qu’avez-vous choisi et pourquoi ?

— Florence Pradier : La ville de Lyon accueille plus de 40 000 enfants. Nos services n’avaient pas les moyens humains de mener une évaluation QAI en régie directe* dans plus de 450 bâtiments. Par ailleurs, et compte tenu des enjeux de santé publique, nous souhaitions dresser un état des lieux de la QAI à travers des mesures comparables, ce qui impliquait de passer par un protocole avec un laboratoire accrédité par le Cofrac. Nous avons commencé par les crèches municipales (un peu plus d’une cinquantaine d’établissements), puis les écoles primaires et élémentaires publiques. Les différents laboratoires ont été choisis dans le cadre d’appels d’offres. Les prestataires ont également été chargés d’évaluer les moyens d’aération. Pour les accueils collectifs de mineurs (périscolaire), sur lesquels nous avons travaillé ensuite, le nombre d’établissements était moindre. Nos équipes sont intervenues en régie pour évaluer les moyens d’aération. Cela a permis de réaliser un état des lieux sanitaire des locaux qui va au-delà de la seule qualité de l’air intérieur.

— Guillaume Rey : Nous avons commencé par faire des mesures dans les écoles maternelles pour répondre à la première mouture de la réglementation, avant 2015. Cela nous a fourni une première vision de la situation, avec des problèmes de confinement et parfois de formaldéhyde au-delà des valeurs guides, mais toujours en deçà des valeurs limites (100 mg/m3). La métrologie fournit un état de la situation à un instant donné et nous lui avons préféré par la suite l’autodiagnostic, méthode plus globale sensibilisant l’ensemble des personnels. Nous avons suivi le guide du ministère. Quatre grilles thématiques sont à remplir pour chaque établissement, mobilisant les enseignants, les services techniques… Ces grilles répertorient les bonnes pratiques et permettent de vérifier qu’elles sont effectivement appliquées. Tous les acteurs sont ainsi sensibilisés.

3 substances prioritaires dans le contrôle de la qualité de l’air intérieur.

  1. le formaldéhyde et le benzène. Ces deux éléments sont des composés organiques volatils (COV) très présents dans les matériaux de construction et d’ameublement et les produits d’entretien notamment. Ils provoquent irritations des yeux, des voies respiratoires et de la peau et peuvent avoir des conséquences neurologiques. Ils sont classés comme « cancérogène avéré pour l’homme ».
  2. le dioxyde de carbone, gaz à effet de serre bien connu, n’est pas toxique pour la santé. Toutefois, sa concentration peut provoquer des troubles respiratoires chez les personnes fragiles.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

— G. R. : Cela nous a permis de compiler ce qui était fait et ce qui ne l’était pas pour décider d’un plan d’actions pour les années 2018 à 2023. L'étude AER'AIX a mesuré une baisse de l'indice de confinement de 0,5 point, suite à la mise en place des indicateurs lumineux de CO2 (sur une échelle de 0 à 5). Des mesures seront réalisées cet hiver pour confirmer ce point.

— F. P. : Cette démarche a été riche d’enseignements. Nous avons documenté peu à peu nos différents établissements et remédié à chaque fois aux non-conformités constatées. Les campagnes de mesures ont participé à la sensibilisation et à la montée en compétence de nos équipes sur la QAI, notion alors assez nouvelle.

     Évaluation des moyens d’aération et métrologie sont complémentaires pour une bonne compréhension des résultats.
Florence Pradier
Responsable du service Santé Environnement, direction de la Santé, ville de Lyon

Quelles mesures avez-vous prises ?

— F. P. : La mesure des composants suivis (formaldéhyde, benzène et dioxyde de carbone) a principalement mis en évidence des problèmes de confinement. Certains systèmes de ventilation ont été remis en état ou rééquilibrés. Nous avons aussi travaillé sur l’enveloppe avec la création d’entrées d’air, travaillé sur certains ouvrants, peu fonctionnels ou mal dimensionnés. Quand les concentrations en formaldéhyde étaient importantes, des analyses complémentaires ont été menées pour trouver les causes, souvent liées à d’anciens faux plafonds et à des infiltrations d’eau. L’aération manuelle quotidienne et la ventilation restent les premiers leviers d’amélioration, mais la QAI est aussi liée à la conception du bâtiment et à son bon entretien.

— G. R. : Nous avons d’abord travaillé sur l’aération des locaux : ouverture des fenêtres ou VMC installée lors de chaque rénovation. Nous avons aussi cherché à limiter les sources de pollution : utilisation de produits (entretien, peinture…) étiquetés A+, nettoyeurs vapeur… Nous avons mis en place des indicateurs de CO2 dans toutes les salles de classe, avec un voyant (vert, orange ou rouge) renseignant sur la nécessité d’aérer. Nous avons également remis au personnel un planning d’aération pour la journée, insistant notamment sur l’aération le matin avant la classe pour évacuer les éventuels autres polluants, comme le formaldéhyde accumulé pendant la nuit. Avant de nous engager dans cette démarche d’autodiagnostic, nous avions réalisé une étude avec le CSTB, fi nancée par l’ADEME, pour évaluer l’intérêt de capteurs de CO2 et de plannings d’aération. Les résultats montraient une baisse significative de l’indice de confinement en utilisant l’une ou l’autre de ces stratégies. Pour aller plus loin, nous avons aussi fait l’acquisition de capteurs de formaldéhyde afin de mesurer ce gaz dans les établissements.

     Une stratégie d’aération des locaux est la mesure la plus simple à mettre en place et la plus accessible en termes de coût.
Guillaume REY
Technicien risques majeurs et environnementaux, ville d’Aix-les-Bains

Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans votre démarche ?

— F. P. : Nous sommes partis d’une page blanche pour élaborer un dispositif d’observation de nos bâtiments et construire des outils de suivi. Il faut mobiliser de l’argent, du temps et de l’énergie dans le cadre d’un processus d’amélioration continue de la QAI.

— G. R. : La méthode d’autodiagnostic est assez chronophage : la mise en place du plan d'actions a nécessité trois mois de travail à temps plein et nous estimons à 2 mois par an à temps partiel le temps consacré à sa mise en oeuvre (mesures, suivi des actions...). Quant à l'investissement pour l'équipement des salles de classes de l'indicateur de CO2, il s'élève à 300 euros par appareil, soit 27 000 euros pour l’ensemble de nos 90 classes.

À RETENIR

La réglementation en vigueur sur la QAI dans les écoles

La surveillance de la qualité de l’air intérieur, avec affichage des résultats, est obligatoire :
  1. dans les écoles maternelles et élémentaires, depuis le 1er janvier 2018
  2. dans les centres de loisirs et les établissements d’enseignement du second cycle (collèges, lycées…), depuis le 1er janvier 2020.

La réglementation impose l’évaluation des moyens d’aération de ces établissements et la mise en oeuvre, au choix, d’une campagne de mesures par un laboratoire accrédité ou d’un programme d’actions de prévention à partir d’un bilan des pratiques observées.

Quand la métrologie est choisie, la surveillance de la QAI doit être réalisée tous les sept ans (tous les deux ans en cas de dépassement des valeurs limites de polluants).

 

* Mode de gestion d'un service public qui consiste en la prise en charge du fonctionnement de ce service par la personne publique qui l'a créé, avec ses propres moyens et ses propres agents.

MA NOTE